Hyperkaliémie (potassium élevé dans le sang) : symptômes, causes et quand s'inquiéter

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Hyperkaliémie (potassium élevé dans le sang) : symptômes, causes et quand s’inquiéter © fizkes / Shutterstock

La maladie rénale chronique est la cause la plus fréquente d’hyperkaliémie. Insuffisance cardiaque, diabète, traitements ou, plus rarement, d’autres causes peuvent aussi se croiser et favoriser un taux de potassium trop élevé dans le sang. Conséquences et prise en charge : voici les repères essentiels.

Le potassium est un minéral indispensable au bon fonctionnement de l’organisme. Mais lorsque sa concentration dans le sang dépasse les valeurs habituelles, cet équilibre est rompu. Souvent silencieuse, l’hyperkaliémie doit être prise au sérieux : lorsqu’elle est sévère, elle peut entraîner des complications cardiaques graves, potentiellement mortelles, et nécessite une prise en charge urgente.¹

Qu’est-ce que l’hyperkaliémie ?

Souvent multifactorielle, l’hyperkaliémie correspond à un excès de potassium dans le sang²,³ Elle affecte principalement les personnes atteintes d’une maladie rénale chronique, d’une insuffisance cardiaque et/ou sous traitement pour protéger le cœur et les reins. Si le potassium joue un rôle essentiel dans le corps, en participant notamment à l’équilibre du système nerveux, à la contraction des muscles et au maintien d’un rythme cardiaque normal, il peut s’avérer nocif lorsque son taux est trop élevé. Il peut perturber le fonctionnement des cellules cardiaques, nerveuses et musculaires⁴.

Kaliémie et hyperkaliémie : valeurs et seuils

Le taux de potassium dans le sang, appelé kaliémie, se mesure grâce à une prise de sang. Concernant les normes chez l’adulte, il n’existe pas de valeur unique. Elles varient selon les laboratoires et les sociétés savantes, mais on retrouve généralement les repères suivants :

  • Normale : entre 3,5 et 5,0 mmol/L.
  • Hyperkaliémie (début) : souvent définie à partir de > 5,0 mmol/L ou > 5,5 mmol/L.

Selon le taux de potassium mesuré, l’hyperkaliémie est souvent classée en :

  • Légère : 5,5 à 5,9 mmol/L ;
  • Modérée : 6,0 à 6,4 mmol/L ;
  • Sévère : ≥ 6,5 mmol/L, nécessitant une évaluation médicale urgente.
Un taux de potassium peut être faussement élevé
Un résultat élevé ne traduit pas toujours une véritable hyperkaliémie. Une hémolyse du prélèvement (rupture de cellules sanguines), un délai prolongé avant l’analyse, un prélèvement difficile, un garrot maintenu trop longtemps ou des contractions répétées du poing peuvent augmenter artificiellement la kaliémie. Si le résultat paraît discordant avec la situation clinique, un nouveau prélèvement peut être demandé.¹‧⁵

Quelles sont les conséquences de l’hyperkaliémie, même sans symptômes ?²‧³

L’hyperkaliémie est une anomalie qui peut rester silencieuse. En effet, nombreux sont les patients qui ne ressentent aucun symptôme, d’autant plus lorsque l’hyperkaliémie est qualifiée de légère à modérée. Dans certains cas néanmoins, un taux de potassium élevé peut provoquer les signes suivants :

Qu’elle soit légère à modérée ou sévère, l’hyperkaliémie peut conduire à un trouble du rythme cardiaque, même lorsqu’elle est asymptomatique. Il est donc important de rappeler que l’absence de symptômes n’exclut pas un risque, tandis que leur présence ne permet pas, à elle seule, de poser un autodiagnostic. L’hyperkaliémie est potentiellement mortelle, car une élévation sévère du potassium peut provoquer des arythmies cardiaques graves et un arrêt cardiaque.

Causes : quand les maladies et leurs traitements se croisent

L’hyperkaliémie est rarement liée à une seule cause. Elle apparaît souvent lorsque plusieurs facteurs se combinent : une maladie chronique qui perturbe l’équilibre du potassium, une diminution de son élimination par l’organisme et certains traitements nécessaires à la prise en charge de ces pathologies. Plus rarement, un apport alimentaire très important en potassium peut aussi y contribuer, en particulier lorsque l’élimination rénale du potassium est diminuée.⁵

Maladie rénale chronique et insuffisance rénale

Les reins jouent un rôle essentiel dans la régulation du potassium. Lorsque leur fonctionnement est altéré, comme en cas de maladie rénale chronique ou d’insuffisance rénale, ils n’éliminent plus suffisamment le potassium. Celui-ci peut alors s’accumuler progressivement dans le sang et provoquer une hyperkaliémie.⁶

L’insuffisance cardiaque

Elle constitue également un facteur de risque, mais plutôt en raison de ses conséquences sur la fonction rénale et des traitements utilisés. En effet, certains médicaments prescrits pour protéger le cœur et améliorer son fonctionnement peuvent modifier l’équilibre du potassium. Si vous êtes concerné par une insuffisance cardiaque, votre médecin peut donc être amené à surveiller régulièrement votre taux de potassium par une prise de sang.⁶

Le diabète

Le diabète, notamment lorsqu’il endommage les reins, peut aussi favoriser l’apparition d’une hyperkaliémie. En effet, l’atteinte des reins liée au diabète peut réduire leur capacité à éliminer correctement le potassium. Par ailleurs, certains traitements prescrits chez les personnes diabétiques, en cas de risque cardiovasculaire ou rénal associé, peuvent aussi favoriser une augmentation de la kaliémie.⁷ Au-delà de l’atteinte rénale, le diabète peut aussi s’accompagner de perturbations hormonales qui diminuent l’élimination du potassium par les reins.⁸

Un dysfonctionnement des glandes surrénales

Plus rarement, une insuffisance surrénalienne peut favoriser une hyperkaliémie. Les glandes surrénales sont deux petites glandes situées au-dessus des reins. Elles produisent notamment l’aldostérone, une hormone qui aide les reins à éliminer le potassium. Lorsque l’organisme manque d’aldostérone, le potassium peut s’accumuler dans le sang.¹‧⁵

L’origine médicamenteuse

Enfin, plusieurs familles de médicaments peuvent entraîner une augmentation du potassium dans le sang. Ce sont généralement des traitements prescrits aux patients souffrant d’un diabète de type 2, d’une insuffisance cardiaque ou d’une insuffisance rénale, comme les inhibiteurs de l’enzyme de conversion (IEC), les antagonistes des récepteurs de l’angiotensine II (ARA2) ou les antagonistes des récepteurs des minéralocorticoïdes.¹‧⁶ Ces facteurs peuvent se cumuler. C’est pourquoi une personne souffrant d’une maladie rénale ou cardiaque et prenant plusieurs traitements peut présenter un risque plus élevé d’hyperkaliémie.

Comment la détecte-t-on ?⁶

L’ionogramme sanguin

L’hyperkaliémie est détectée grâce à un examen de biologie médicale, appelé ionogramme sanguin. Il sert notamment à mesurer dans le sang certains minéraux, comme le sodium, le chlore et le potassium. Il est réalisé dans le cadre d’un suivi médical, d’un bilan de santé ou lorsqu’un médecin recherche un déséquilibre lié à une maladie ou à un traitement. L’examen n’est pas forcément réalisé à jeun.

Un résultat élevé… à vérifier

Lorsqu’un résultat montre un taux de potassium trop élevé, il est important que le médecin puisse le confirmer avant de conclure à une véritable hyperkaliémie. En effet, un potassium élevé isolé peut parfois être lié à un problème lors du prélèvement, comme une libération du potassium par les cellules sanguines lors de la prise de sang (prélèvement hémolysé). Le médecin peut donc vous demander de refaire le dosage afin de vérifier le résultat.

Les examens complémentaires

Selon le contexte et le niveau de potassium observé, d’autres examens peuvent vous être prescrits pour chercher la cause de l’hyperkaliémie. Il peut notamment s’agir d’un bilan de la fonction rénale ou d’un électrocardiogramme (ECG) pour vérifier l’activité électrique du cœur. En cas d’hyperkaliémie sévère, une hospitalisation en urgence se justifie.

Le potassium dans l’assiette

En cas de taux élevé de potassium dans le sang, l’alimentation peut aider à mieux contrôler la kaliémie. Néanmoins, il n’existe pas de régime unique qui convienne à tout le monde. Les conseils dépendent de votre état de santé, de votre fonction rénale, de vos traitements et de la sévérité de l’hyperkaliémie.

Les aliments riches en potassium

La biodisponibilité du potassium varie selon les aliments. Le potassium naturellement présent dans les aliments végétaux est généralement moins absorbé que le potassium apporté par certains additifs utilisés dans les aliments transformés. Ces additifs constituent ainsi une source de potassium particulièrement biodisponible.⁹‧¹⁰ Certains aliments non transformés sont naturellement riches en potassium, c’est le cas notamment des :

  • bananes ;
  • avocats ;
  • pommes de terre ;
  • tomates ;
  • fruits secs (dattes, figues, abricots secs, pruneaux) ;
  • légumineuses (lentilles, haricots, pois chiches, etc.) ;
  • oléagineux (amandes, noisettes, noix, noix de cajou, etc.).

Cependant, ils ne doivent pas être supprimés systématiquement. Le potassium des aliments végétaux est généralement moins biodisponible que celui de certains additifs potassiques. Ces aliments apportent aussi des fibres, des vitamines et des minéraux bénéfiques à la santé.⁹ En effet, une restriction systématique de tous les aliments riches en potassium n’est plus privilégiée en cas d’hyperkaliémie.

Les recommandations actuelles privilégient une approche individualisée, avec une attention particulière aux aliments transformés riches en potassium biodisponible, tout en maintenant une alimentation diversifiée adaptée au profil de chaque patient.⁹‧¹⁰

Pour votre santé, n’entreprenez jamais de régime sans un avis médical. Consultez votre médecin afin de bénéficier de conseils personnalisés. Cela permet de contrôler l’hyperkaliémie tout en préservant une alimentation variée et équilibrée, sans vous mettre en danger.

En revanche, il est souvent recommandé de limiter les substituts de sel. Réalisés à partir de chlorure de potassium, ils sont particulièrement contre-indiqués pour les personnes ayant pour antécédents médicaux une hypertension artérielle, une insuffisance cardiaque ou rénale, ou un diabète.

Prise en charge et quand consulter⁶

Principes généraux de prise en charge

La prise en charge de l’hyperkaliémie se fait en fonction de votre situation. Elle prend en compte votre niveau de potassium, la présence de symptômes et les causes. Votre médecin pourra demander une nouvelle prise de sang pour confirmer le résultat, réaliser un électrocardiogramme (ECG) afin de vérifier le fonctionnement de votre cœur et rechercher des complications, ou encore prescrire d’autres examens pour déterminer l’origine. Une hyperkaliémie sévère (kaliémie ≥ 6,5 mmol/L) nécessite une évaluation hospitalière immédiate, même en l’absence de symptômes.

À l’hôpital, la prise en charge d’urgence vise notamment à protéger le cœur, à faire baisser rapidement la kaliémie et à traiter la cause.¹ Il pourra également adapter certains de vos médicaments si nécessaire et vous donner des conseils alimentaires personnalisés. Ensuite, un suivi régulier avec des prises de sang est généralement mis en place afin d’évaluer l’efficacité de la prise en charge proposée et le retour à la normale de votre taux de potassium.

Quand consulter ?
Si votre prise de sang montre une hyperkaliémie, prenez rendez-vous avec votre médecin, même si vous ne ressentez aucun symptôme. Consultez rapidement si vous présentez une faiblesse musculaire importante, des fourmillements, des palpitations ou une sensation de battements cardiaques irréguliers.

Situations nécessitant une prise en charge urgente

En cas d’hyperkaliémie sévère et a fortiori si vous ressentez une douleur dans la poitrine, une sensation de malaise ou une perte de connaissance, des difficultés à respirer ou si vous ressentez des palpitations ou « pauses » cardiaques (extrasystoles) : il s’agit d’une urgence. Appelez immédiatement le 15 (SAMU), le 18 ou le 112.

À retenir
• L’hyperkaliémie correspond à un excès de potassium dans le sang.

• Elle est souvent le point de rencontre entre les reins, le cœur et les traitements.

• L’absence de symptômes n’exclut pas un risque.

• Un résultat élevé doit souvent être confirmé par un nouveau dosage.

• Ne modifiez jamais votre traitement ou votre alimentation sans l’avis de votre médecin.

FAQ : questions fréquentes sur la kaliémie

Quel taux de potassium est dangereux ?

À partir de 6,5 mmol/L, l’hyperkaliémie est considérée comme sévère et nécessite une évaluation médicale urgente, car elle peut entraîner des troubles graves du rythme cardiaque.¹

Peut-on avoir une hyperkaliémie sans symptômes ?

Oui, l’hyperkaliémie peut être totalement asymptomatique. Seule une prise de sang permet de la détecter et d’évaluer sa gravité.

Le potassium élevé fatigue-t-il ?

Oui, une hyperkaliémie peut provoquer une fatigue inhabituelle. Néanmoins, ce symptôme est peu spécifique et peut avoir de nombreuses causes.

Un taux de potassium élevé peut-il avoir des conséquences sur le cœur ?

Oui. Dans les formes les plus sévères, un excès de potassium peut perturber le rythme cardiaque et aller jusqu’à provoquer un arrêt cardiaque. Le risque augmente lorsque l’hyperkaliémie est sévère et non traitée.

Faut-il éviter tous les aliments riches en potassium ?

Non, il ne faut pas supprimer ces aliments sans un avis médical. Les restrictions dépendent de la cause de l’hyperkaliémie et de sa gravité.

Sources

  1. UK Kidney Association. Clinical Practice Guideline – Management of Hyperkalaemia in Adults. Mise à jour juillet 2026. https://www.ukkidney.org/health-professionals/guidelines/treatment-acute-hyperkalaemia-adults-0
  2. Anses. Les substituts au sel de table : un risque pour la santé. 28/05/2025. https://www.anses.fr/fr/content/les-substituts-au-sel-de-table-un-risque-pour-la-sante
  3. Journal de l’Association Médicale Canadienne. Prévention et traitement de l’hyperkaliémie chez les patients sous inhibiteurs du système rénine-angiotensine-aldostérone. 14/03/2022. https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC8920523/
  4. American Journal of Nephrology. Electrophysiological and clinical consequences of hyperkalemia. Avril 2016. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/30675415/
  5. Manuel MSD, édition professionnelle. Hyperkaliémie. Revue complète juin 2025. https://www.msdmanuals.com/fr/professional/néphrologie/troubles-électrolytiques/hyperkaliémie
  6. European Journal of Emergency Medicine. Acute hyperkalemia in the emergency department: a summary from a Kidney Disease: Improving Global Outcomes conference. 17/02/2020. https://kdigo.org/wp-content/uploads/2018/04/KDIGO-Acute-Hyperkalemia-conf-report-FINAL.pdf
  7. Ameli. Les complications du diabète au niveau des reins. 11/07/2024. https://www.ameli.fr/bouches-du-rhone/assure/sante/themes/diabete-adulte/diabete-symptomes-evolution/complications-reins
  8. Sousa AGP et al. Hyporeninemic hypoaldosteronism and diabetes mellitus: pathophysiology assumptions, clinical aspects and implications for management. World Journal of Diabetes. 2016;7(5):101-111. https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC4781902/
  9. Journal of Renal Nutrition. New Insights Into Dietary Approaches to Potassium Management in Chronic Kidney Disease. 22/08/2023. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/37610407/
  10. KDIGO. 2024 Clinical Practice Guideline for the Evaluation and Management of Chronic Kidney Disease. Kidney International. 2024;105(Suppl 4S):S117-S314. https://kdigo.org/wp-content/uploads/2024/03/KDIGO-2024-CKD-Guideline.pdf

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